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Passion'aimant

Mouchoir

L’ère du tactile rend nos téléphones poisseux.

Ce mouchoir imbibé ne sera pas pour des commissures.

Ni les miennes, ni d’autres.

Je me souviens que tout mon corps reculait à mesure que ces mouchoirs s’avançaient.

Parfois, je me demande si ces mouchoirs mouillés ne sont pas la raison de mon désamour du chocolat.

Accueillir la salive et les mouchures au creux de mes lèvres pour un petit carré mal mangé…

 

 

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2 Comments

  1. réginevandamme 6 juillet 2017

    Je ne supporte pas les taches. Quand j’en fais une, ce n’est jamais de ma faute, j’essaie d’intervenir au plus vite avec un peu d’eau et un mouchoir. Le problème est que je n’ai pas de mouchoir. Et en emprunter un, c’est toute une histoire. Il y a celui de mon grand-père qu’il change chaque jour mais dont il fait grand usage rapport à la taille de son nez et à son âge. Enfin, c’est ce que j’en ai déduit à force d’observation et de questionnement sur le pourquoi de tant de productions nasales. Mon grand-père n’est pas un enrhumé chronique, mais il est arrivé à cet âge où les yeux larmoient, où la bouche salive, où le nez perd les eaux, où la gorge produit des choses un peu grasses et aqueuses qui font penser à des bébés méduses quand il les crache dans la cour ou dans son mouchoir quand on est à l’intérieur. Quand c’est possible, j’évite de demander son mouchoir à mon grand-père surtout si la journée est déjà bien avancée. D’autant qu’il se mêle de vouloir me faciliter la tâche en humectant de salive un coin de tissu épargné par ses glaires durcies pour dissoudre la crasse incrustée dans la trame de la gabardine. Ca a l’air dégoûtant raconté comme ça, pourtant je dois avouer que le mouchoir de mon grand-père sent bon. C’est une odeur difficile à décrire, mais j’y flaire une pointe de biscuit sec qu’une note de tabac dispute à un soupçon de cannelle éventée. Les mouchoirs de ma grand-mère n’ont pas l’élégance et la finesse de ceux de mon grand-père ; ils sont plus petits, à fleurs et n’arborent pas l’initiale brodée de son prénom. Les mouchoirs de sa sœur, ma Tante Angèle, sont à carreaux ; ils ont appartenu à son mari, l’oncle Hubert qui n’était pas son premier mari, mais le deuxième qu’elle a épousé pour moudre le café. Les mouchoirs de ma grand-mère et de ma Tante Angèle sont maculés de taches sombres rapport au tabac qu’elles prisent à longueur de journée. J’évite de leur demander leur mouchoir. Le mouchoir de ma mère sent son parfum, mais elle ne le prête pas. Elle dit que les mouchoirs, c’est personnel. Je n’ose pas lui demander pourquoi, dans ce cas, je n’en ai pas. C’est vrai, si c’est personnel, il serait normal que j’aie sur moi un mouchoir. Idem pour mes frère et sœur. Ce n’est pas une question d’âge contrairement à ce que j’ai cru quelque temps. À l’école, mes camarades de classe brandissent de jolis mouchoirs imprimés avec des personnages de Disney, gansés de rouge. Le plus souvent d’ailleurs, elles n’ont rien à moucher, c’est juste pour faire baver d’envie celles qui n’en ont pas, comme moi, ou celles qui en ont mais qui sont ringards parce qu’à fleurs comme les mouchoirs de mémère ou pires à carreaux parce qu’il paraît que ceux-là, ça fait « ouvrier ». C’est mon beau-père qui m’a appris qu’on pouvait deviner l’origine sociale des gens en regardant leur mouchoir. Je ne sais pas où on classe les gens qui n’en ont pas. Dès qu’il s’agit de poser des questions qui pourraient apporter des informations sur ma condition, ma nature, mon caractère, je m’abstiens. J’ai très tôt acquis la certitude que passer inaperçue est le moyen le plus sûr de garder ma place au sein de ma famille. Je ne veux plus jamais être « déplacée » comme je l’ai déjà été. C’est malheureux de ne pas avoir de mouchoir. Pas seulement parce qu’on ne peut pas se moucher quand on a un rhume ou qu’on pleure, mais pour jouer au-renard-qui-passe, par exemple. Bien sûr on peut profiter du mouchoir des autres pour s’adonner à ce jeu à la récré, mais encore faut-il qu’on veuille bien vous intégrer au cercle. Jamais on ne peut proposer de jouer à renard-qui-passe si on ne peut pas sortir de sa poche un mouchoir digne de ce nom. Sans mouchoir, on n’est pas quelqu’un d’important dans la cour de récréation ou sous le préau : on ne peut rien proposer de divertissant pour s’occuper pendant le temps de pause, on ne peut pas entraîner à sa suite un groupe de filles qui vont se ranger en ronde et arborer de grands sourires de joie à la seule vue d’un carré de tissu agité dans la main de son heureuse propriétaire en signe de ralliement. Sans mouchoir à l’école primaire, on n’est pas grand-chose. Un mouchoir, c’est aussi précieux qu’une corde à sauter ou qu’un ruban élastique fermé par une couture solide faite par sa mère ou sa grand-mère. Ça prouve qu’on est aimée par une maman et des grands-mères attentionnées, soucieuses qu’on s’amuse quand elles ne sont pas là.
    Extrait de « La bonne éducation », roman en devenir, Régine Vandamme

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